Le Wartheland et le Gouvernement Général

La Pologne nazie, l’autre Shoah

Il manque aux manuels scolaires français l’une des pages les plus cruelles de l’Occupation nazie en Europe : celle de la Pologne. Les vainqueurs de 1939 ont tranché le territoire du pays selon un plan, le Generalplan Ost, ou Plan directeur Est, élaboré d’abord pour la Pologne au moment de sa conquête puis complété et étendu au fur et à mesure des victoires allemandes en Europe de l’Est.

Les autorités nazies ont grosso modo découpé en deux moitiés inédites la partie de la Pologne conquise par la Wehrmacht en 1939 : à l’ouest, le Gau du Wartheland, mitoyen au territoire allemand et recelant les terres les plus fertiles, a été absorbé par le Reich pour être ethniquement germanisé conformément au principe de l’espace vital exposé par Hitler dans Mein Kampf et à son modus operandi économique élaboré par les théoriciens nazis (voir L’économie sociale, Hermann Göring et Erich Koch). Il s’agissait d’éliminer physiquement la population locale pour libérer l’espace dont auraient besoin les colons allemands, qui se verraient offrir la possibilité d’y acheter à crédit les terres des victimes, charge à eux d’en rembourser la valeur au Reichsführer SS Heinrich Himmler, chef suprême de l’ordre Noir. Ce plan a été appliqué. Au total, deux millions d’Allemands ont saisi l’opportunité d’occuper la place des personnes assassinées et d’entrer en possession de leurs terres et des entreprises qu’ils avaient fondées. Cet eldorado est administré depuis plus de quatre ans depuis sa capitale, Posen (Poznan en polonais).

L’autre grosse tranche de la Pologne jouxte le Gau du Wartheland à l’est et s’étend jusqu’à la Vistule : c’est le Gouvernement général de Pologne (Generalgouvernement Polen), un Etat relégué à l’extérieur du Reich puisqu’il servira, inversement, de débarras pour, pêle-mêle, les déportés mais aussi de zone d’extermination puisque quatre des six principaux camps d’extermination y seront érigés.

Depuis sa capitale, Cracovie, il est dirigé par le Generalgouverneur Hans Frank, qui a verrouillé le nouvel Etat au moyen d’un quadrillage administratif extrêmement serré. A l’été 1944, les opérations soviétiques LVOV-SANDOMIR et KOVEL-LUBLIN ont repoussé les nazis de la moitié est du Gouvernement général et, en ce mois de janvier 1945, ce sont cette fois les premiers jours des opérations VISTULE-ODER et CARPATES OCCIDENTALES qui ont presque entièrement chassé les Allemands du Gouvernement général.

Panneau frontière : « Gouvernement général pour les territoires polonais occupés, frontière à 14 mètres ».

Quant à la partie la plus orientale du pays, que l’armée polonaise avait gagnée en 1920 contre la Russie, elle a été occupée par les forces soviétiques au moment de l’offensive allemande de 1939 avant d’être à son tour conquise par la Wehrmacht lors des dix premiers jours de BARBAROSSA en 1941. Les nazis l’ont ensuite diluée dans les vastes espaces géographiques administratifs qu’ils avaient établis à l’Est – les Commissariats du Reich Est (Reichskommissariat Ostland) et Ukraine (Reichskommissariat Ukraine) – et dont ils ont été progressivement repoussés par l’armée rouge au printemps et à l’été 1944.

Un grand nombre de Polonais du Wartheland a été déporté au fil des années, soit vers le Gouvernement général, soit vers l’Allemagne. Dans le Gouvernement général, les plus « heureux » ont fini dans des  camps de travail aux baraquements peu chauffés et peu approvisionnés en nourriture et en médicaments. Les nazis y conjuguaient ainsi le froid, la faim, les maladies et l’épuisement dus aux travaux forcés pour exploiter les déportés tout en garantissant leur mort lente. Les plus malheureux ont été envoyés directement vers le camp d’extermination de Maïdanek pour y être mis à mort.

Pierre Bacara