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L’histoire d’un paradoxe

Jusqu’à très récemment, il existait en France et même dans l’ensemble des pays occidentaux un “paradoxe” russe : des nombreux peuples ayant participé à la Second Guerre mondiale,  la Russie est de loin celui dont les faits d’armes ont eu le plus d’impact sur l’issue du conflit. Sans rentrer dans le détail, quelques chiffres. A l’aube du 22 juin 1941, lorsque les armées de l’Axe passent à l’offensive contre l’Union soviétique, ce sont cent soixante divisions qui frappent. A la même date, le Commonwealth affronte, de son côté, dix divisions de l’Axe. Trois années plus tard, le jour du débarquement en Normandie, les armées alliées affrontent trois des quelque trente-cinq divisions d’Hitler présentes en France tandis que l’Armée rouge affronte, de son côté, quelque deux cents divisions ennemies. Ces quelques chiffres parlent d’eux-mêmes : pendant la Seconde Guerre mondiale, le plus formidable ennemi du IIIe Reich est l’Armée rouge.

Or, soixante-dix ans après le suicide d’Hitler, ce fait semble avoir été effacé. Le titanesque affrontement qui se terminerait le 8 mai 1945 à vingt-trois heures, heure de Berlin (une heure du matin le 9 mai heure de Moscou) n’a laissé pour toute trace, dans les manuels scolaires français, que quelques mots : Stalingrad, Koursk, Berlin. Et encore, il arrive que seule la bataille de Stalingrad ait survécu au nettoyage des mémoires, tandis que le débarquement en Normandie, qui vit s’affronter une dizaine de divisions de toutes nationalités, est devenu, les décennies aidant, L‘événement à retenir de ces six années de folie qui embrasèrent la Terre et engendrèrent le monde d’aujourd’hui.

Le 6 juin 2014, pour le soixante-dixième anniversaire du D-Day et de l’opération OVERLORD, les médias français, comme hypnotisés par des dizaines d’années de devoirs scolaires et de cinéma de fiction, n’ont dit mot de l’opération BAGRATION qui, déclenchée dix-sept jours plus tard, allait infliger à l’Allemagne la plus gigantesque défaite militaire toute son histoire. L’artisan premier de la destruction de l’armée nazie qui, quatre années durant, a maintenu la France sous son joug, est l’Union soviétique, qui a sacrifié au combat huit millions d’hommes et de femmes pour tuer Hitler.

La Russie n’en est pas alors à son galop d’essai. Pendant “l’autre guerre”, comme on dit à l’époque, la France et ses alliés n’ont pu vaincre l’Allemagne – déjà – que parce que l’empire russe, jusqu’à son effondrement en mars 1918, avait affronté une part importante des forces austro-allemandes. Un siècle plus tôt, en 1815, à la défaite de Napoléon, lorsque la Prusse et la Grande-Bretagne veulent exploiter la victoire pour terrasser la France vaincue, c’est encore un Russe, le tsar Alexandre Ier, qui prend sa défense et lui évite le pire au Congrès de Vienne.

Sans remonter jusqu’à Anne de Kiev, qui fut reine de France à l’aube de la dynastie capétienne, les liens qui existent entre la France et la Russie sont des liens de sang. Pendant la “Grande Guerre patriotique” – nom presque mythique que donnent les Russes au combat qu’ils livrèrent contre les nazis, un petit nombre de Français libres combattirent à leurs côtés, le célèbre groupe Normandie-Niémen. Dans les cieux de Russie, de la Baltique puis du Reich, la moitié d’entre eux périrent. Les Français les ont oubliés, mais les Russes, eux, s’en souviennent.

La mémoire semble ne fonctionner que dans un seul sens. Afin de rétablir la vérité historique d’abord, de susciter une mémoire réciproque et pas unilatérale ensuite, le projet Normandie Niémen de l’association High Flight part à la recherche de ces hommes et femmes qui, du temps de nos grands-parents, ont détruit l’armée du IIIe Reich.

Le but du projet Normandie Niémen est de vous apporter leurs témoignages – en français.     

High Flight